Premier bilan du téléenseignement

L’école calédonienne à distance : un enjeu, plus qu’une réalité. 

La continuité pédagogique ne peut pas se limiter à une sorte de « système D ».

Quel bilan tirez-vous des deux semaines de cours à distance que les élèves et les étudiants viennent de vivre ? Cette seconde crise sanitaire va-t-elle bouleverser en profondeur le système éducatif ?

Pour le SNETAA-FO, l’école à distance se résume encore le plus souvent à l’envoi de mails et de fichiers au format PDF, à l’utilisation de YouTube ou d’applications comme WhatsApp ou Zoom. Parfois, l’école à distance se réduit au simple envoi d’enveloppes par voie postale.

On pourrait faire bien mieux à condition de s’en donner les moyens et d’en avoir la volonté. Mais par souci de se conformer aux usages en cours et de respecter des procédures obsolètes, … on préfère reproduire de vieux schémas. Dans l’Éducation « innover » rime, le plus souvent, avec « remise en question » d’instructions académiques.

Le numérique est le parent pauvre du budget de l’Éducation nationale : 90 millions d’euros en France contre 900 millions au Royaume-Uni. Au SNETAA-FO, nous prônons, entre autres, pour la création d’une sorte de « Netflix » pédagogique, centralisé et gratuit.

On devrait faire pour le numérique comme avec les manuels scolaires : laisser le choix aux profs de l’outil dont ils ont besoin. Si l’on impose le numérique aux profs, ça ne marchera pas ! Il faut leur laisser un maximum de liberté pédagogique. En Angleterre, les profs consultent une plateforme où figurent différents produits numériques et sélectionnent ceux qu’ils souhaitent utiliser. Les plateformes éducatives proposées dans les lycées en langue française utilisent les rudiments de l’ed-tech. Les produits sont souvent de médiocre qualité. Il n’existe pas dans les lycées l’équivalent Tactiléo dans le primaire et le secondaire. Le cloud pédagogique de Maskott déployé dans de nombreux collèges. Le numérique éducatif doit permettre un apprentissage plus personnalisé, un programme différent pour chaque enfant (on parle d’adaptative learning).

L’école à distance doit s’inscrire dans un continuum pédagogique durable.

L’enjeu de cette continuité est indépendant des périodes de confinement.

Quelles sont les limites et les perspectives de cette continuité ? La continuité pédagogique et le téléenseignement ne peuvent pas faire l’économie d’une mise oeuvre concertée qui prenne en compte les nouveaux usages du numérique par les jeunes. De fait, l’utilisation régulière du smartphone est bien plus répandue que l’utilisation d’une tablette ou d’un microordinateur. Les enseignants et les concepteurs d’outils numériques éducatifs devraient prendre en compte cette réalité. Du moins, s’ils souhaitent véritablement instaurer une continuité pédagogique durable avec les élèves.

Les outils éducatifs doivent permettre de faire répéter un élève en difficulté, d’agrémenter la classe, de la rendre plus ludique. Cela peut et même doit aussi faciliter la vie des enseignants. On est manifestement au tout début de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle. On peut signaler des exemples d’outils qui fonctionnent déjà très bien comme les logiciels Lalilo (apprentissage de la lecture), Le Projet Voltaire (apprentissage de l’orthographe) ou Duolingo (apprentissage de langues étrangères). Ces apprentissages concernent uniquement les disciplines dites d’enseignement général. De facto, aucun outil éducatif interactif n’a été spécifiquement conçu pour une discipline de l’enseignement professionnel.

Est-ce aux enseignants d’inventer les outils numériques éducatifs ?

NON, ils doivent uniquement avoir la liberté de choix de leurs outils. Ils n’ont pas à les concevoir. Actuellement, les profs se débrouillent comme ils ont peuvent, d’autant qu’ils ne sont pas formés aux usages des multiples outils existants. En outre, les éditeurs de manuels scolaires, les partenaires traditionnels des enseignants, n’ont pas su prendre le virage de la révolution numérique. Ils continuent de proposer des manuels conçus par des « éditeurs de livres ». Ces manuels ne sont pas de véritables outils éducatifs interactifs. Leur business model ne leur permet pas de concevoir de tels produits.

Qui doit concevoir et développer les outils numériques éducatifs ? Ce sont les entreprises ed-tech privées en partenariat avec l’État, comme on a su par exemple le faire dans le passé avec le logiciel Pronote. Ce sont ces entreprises spécialisées (souvent des PME) qui se sont le mieux adaptées pour développer la continuité pédagogique. Prenons l’exemple de la Chine : l’État n’a pas hésité à faire des partenariats avec des entreprises ed-tech privées. Ainsi, lors du dernier confinement les écoliers chinois ont pu avoir des « live class » toute la journée.

L’école à distance a-t-elle un avenir ? 

Quels défis et quels enjeux ? Nous ne sommes qu’au tout début de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle. Contrairement aux propos tenus par J-M Blanquer (fin février 2020), le système éducatif n’est pas prêt pour faire de l’enseignement à distance. D’ailleurs, la crise sanitaire actuelle, et donc le tout-numérique, démontre clairement que le distanciel renforce les inégalités et favorise le décrochage. Tel n’est pas véritablement le but d’une institution qui a pour mission première de garantir l’égal accès à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture…

Pour autant, au-delà des crises sanitaires, les activités réalisées en distanciel s’imposent peu à peu à toute la société, donc également au monde de l’éducation.

Des start-up innovantes proposent chaque année de nouveaux produits. De nouveaux services comme Doctolib, Airbnb, Uber, Blablacar… ont démontré leur capacité à répondre parfaitement aux attentes des utilisateurs… Même si, comme pour tout nouvel outil, il faut pour l’utilisateur un certain temps d’apprentissage !

De nouveaux outils numériques performants apparaissent dans le secteur éducatif. C’est par exemple le cas pour l’apprentissage immersif à base de réalité augmentée. La technique est utilisée dans le domaine de l’industrie ou des loisirs, mais les outils pédagogiques sont encores rares. On peut citer Labster pour apprendre la physique-chimie en faisant des expériences dans un laboratoire virtuel.

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L’interview sur BFMTV n’a pas été un monument de complaisance.

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L’émission « Bourdin Direct » aurait pu s’appeler « M. Blanquer passe son grand oral ».

Manifestement, il devra passer par les épreuves de rattrapage…

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De fait l’éducation Nationale est incapable de cibler quoi que ce soit.

snetaa.org

 

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Cette manière de se comporter sur le plateau, n’est que la preuve que le MEN ne sait pas comment gérer la situation sanitaire dans les écoles.

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La théorie en sciences de l’éducation, c’est quand on comprend tout et que rien ne marche vraiment. Quant à la pratique, c’est le plus souvent quand tout marche bien mais qu’on ne sait pas pourquoi. Dans l’Education Nationale nous avons réussi à faire la synthèse des deux : rien ne marche bien et personne ne sait pourquoi.

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